Concert du 14 mai 2008 à Levallois

C’est avec un plaisir non dissimulé que les ensembles Stella Maris et LuxAeterna s’apprêtent à chanter dans un auditorium dont l’acoustique sert si bien la musique vocale !

En effet, le concert de ce soir promet d’être pour nous un moment exceptionnel pour au moins deux raisons :
D’abord, c’est sous la houlette de Francis Bardot, son oncle, qu’Olivier Bardot est venu au chant polyphonique dès l’âge de huit ans ; le présent concert se veut donc un hommage du chef de chœur d’aujourd’hui à celui qui forma le petit chanteur d’autrefois et suscita sa vocation de musicien…
Ensuite, le très jeune ensemble vocal Lux Aeterna lancé en septembre dernier se produit en concert pour la première fois ce soir même. Ce faisant, il retrouve dans le chœur Stella-Maris un partenaire privilégié, avec lequel il vient d’enregistrer un disque de musique vocale a cappella méconnue du XXème siècle.

Voilà pourquoi le programme de cette soirée vous propose un aperçu du travail de ces deux formations cette saison :

Le compositeur Felix Mendelssohn-Bartholdy sera notre premier compagnon de route.
Sa musique vocale fut très longtemps délaissée au motif qu’elle semblait faire preuve d’un trop grand rigorisme et que le public la jugeait ennuyeuse. Il faut dire que déjà, de son vivant, on reprochait à Mendelssohn de « trop s’occuper des morts » et de ne pas assez composer d’opéras ou de musique « d’envergure ».
Et puis est venu Maître Frieder Bernius et son extraordinaire Kammerchor Stuttgart, lequel s’apprête à clore l’enregistrement de l’intégrale de la musique vocale de Mendelssohn en sept volumes, un travail de vingt années qui a profondément bouleversé notre perception de cette œuvre.
Empreinte d’une extraordinaire sérénité, la musique de Mendelssohn semble chanter d’elle-même : tout coule de source alors que rien n’y est simple en vérité. La profondeur de son inspiration rayonne, toujours voilée d’une sorte de pudeur, car chez cet homme que la mort emporta prématurément, la composition de musique sacrée est indissociable de l’acte de foi.
Le motet Denn er hat seinen Engeln en est un parfait exemple : il est évident que le compositeur a souhaité faire entendre toute la tendresse du Créateur pour ses serviteurs, à qui « Il enverra son ange te porter, de peur que ton pieds ne heurte une pierre ».
De facture plus académique, la Liturgie allemande,  œuvre très rarement interprétée, inscrit d’emblée Mendelssohn dans la glorieuse lignée des compositeurs de musique d’Eglise, succédant ainsi à Schütz et Bach. Comme ses illustres prédécesseurs, Mendelssohn joue de l’effet stéréophonique du double chœur qui plaçait l’assemblée des fidèles au centre de la musique, et utilise l’alternance grand chœur/ripieno (petit groupe de chanteurs incarné ici par LuxAeterna).
Enfin, le motet Aus tiefer Not constitue un vibrant hommage à JS Bach, dont on sait que Mendelssohn participa activement à la renaissance en dirigeant la première Passion selon Saint Matthieu du XIXème siècle, à l’âge de 19 ans. Il faut savoir que dès son adolescence, Mendelssohn avait eu le loisir de soumettre ses premières compositions vocales à ses confrères chanteurs de la Berlin Singakademie (il écrivit un fantastique Te Deum avec 12 double chœurs à l’âge de 16 ans !) et put ainsi affiner remarquablement vite sa science du contrepoint le plus complexe. On ne s’étonnera donc pas d’entendre dans ce motet, outre deux magnifiques harmonisations du choral de Luther au début et à la fin, plusieurs variations sur ce thème dignes du kantor de Leipzig bien que dans un style très différent.

L’autre volet de notre saison 2007-2008 est consacré à la musique pour chœur a cappella du XXème siècle, en particulier celle de compositeurs méconnus en dépit de leur grande valeur.
Le disque que nous venons d’enregistrer entend faire connaître leurs œuvres au public, aussi bénéficiez-vous ce soir de la première interprétation de ce programme en concert !
Partout en Europe le XXème siècle musical fut témoin de la renaissance du chœur, à nouveau considéré comme un instrument à part entière.

Réagissant à la musique de Puccini qu’il considérait comme « décadente », Ildebrando Pizzetti composa pourtant lui aussi de l’opéra, mais se distingua par ses compositions chorales, pour lesquelles il souhaitait « un retour à la pureté palestrinienne ».
L’intérêt d’un madrigal comme Cade la Sera, écrit sur un texte admirable de d’Anunzio, réside dans l’habileté avec laquelle Pizzetti parvient à « faire du neuf avec de l’ancien », c'est-à-dire à instiller avec délicatesse des harmonies contemporaines dans un cadre « à l’antique », où se ressentent encore les deux prattica de Monteverdi.
De Palestrina ou mieux, de Gabrieli qui faisait sonner un chœur à chaque tribune de Saint Marc de Venise, Pizzetti a hérité l’art de façonner les masses sonores les plus complexes.
Une illustration frappante en est donnée par la démesure du Sanctus extrait de son Requiem, où pas moins de 4 voix de ténor et 4 voix de basse réparties en deux chœurs d’hommes répondent à un troisième chœur de 4 voix de femmes !

Non moins talentueux se révèle l’organiste britannique Herbert Howells, dont le poignant Requiem fut écrit à la mort accidentelle de son fils de 9 ans, et que le compositeur tint caché des décennies durant, invoquant « une œuvre de douleur entre Dieu et moi ».
C’est la beauté des Requiems de mêler la détresse la plus naturelle -face au scandale de la mort- à un puissant espoir de la béatitude éternelle.
Les deux composantes habitent cette œuvre de Howells sans que jamais les zones d’ombre ne deviennent lugubres. Requiem de lumière et de foi, la musique alterne sans cesse chœurs quasi parlando psalmodiant les versets de l’Ancien testament dans leur sublime traduction anglaise, et double chœurs égrainant le texte latin au gré d’un kaléidoscope de couleurs harmoniques où la notion du temps s’évapore peu à peu. Un beau voyage sonore dans l’éternité…

Chef de chœur norvégien, Knut Nystedt est célèbre en Scandinavie, bien sûr, mais aussi chez les nombreux jeunes chanteurs qui ont découvert ses œuvres dans des rassemblements internationaux tels le Chœur mondial des Jeunes ou le Chœur européen Robert Schuman.
Lui aussi à mi chemin entre tradition et avant-gardisme, sa composition est savante sans intellectualisme, pleine d’humour au cœur des pages les plus sérieuses, et extrêmement exigeante pour le chœur qu’il connaît si bien (Nystedt vit toujours).
Sa science de la dissonance lui vient évidemment de l’école nordique, qui a compris avant toutes les autres le rôle fondamental de la maîtrise des harmoniques naturelles dans le façonnement du son d’un chœur. En témoignent les « géants » de la direction chorale comme Høgset ou Ericsson qui ont inspiré Laurence Equilbey dans son travail avec Accentus.
La courte – mais si délicate ! – Missa Brevis date de 1984 et constitue un défi permanent pour le chœur ; son intérêt serait resté purement pédagogique si le rendu sonore n’avait pas été aussi beau et saisissant.
Nous vous souhaitons d’éprouver à votre tour tout le plaisir que nous avons eu à découvrir ces pièces.
Très bon concert à tous !

Olivier Bardot

 

Dernière mise à jour : 09/2017